De Parentelli

De Parentelli Berger islandais

Berger islandais

Histoire, utilité, comportement et morphologie du Berger Islandais

Histoire, utilité, comportement et morphologie du Berger Islandais

Le BI apparaissant sur un timbre islandais de 1980.



On ne peut pas présenter le comportement et la morphologie du Berger Islandais (BI) sans parler de son histoire et de ses fonctions auprès des humains, car tout est intimement lié. Je tenterai ici de dresser un portrait de la race le plus fidèle possible, à la lumière du contexte dans lequel elle a évolué. Je me base sur les textes publiés par la Centrale Canine et l’Icelandic Sheepdog International Cooperation (ISIC), auxquels j’ai emprunté de nombreux passages.



Le BI est un petit spitz primitif de berger.

Il est originaire de Scandinavie ; les chiens retrouvés dans des tombes au Danemark et en Suède vers 8000 av. J.-C. présentent de nombreuses similitudes avec lui. Les Vikings norvégiens qui ont pris la mer et colonisé l'Islande entre 874 et 930 ont en fait amené leurs chiens avec eux, ce qui en a fait le seul chien indigène d’Islande. Au fil des ans, d'autres races ont été importées mais seulement en petit nombre et, depuis 1901, il est interdit d'introduire des animaux en Islande (à cause des maladies notamment). La race est donc restée dans une certaine mesure la même depuis que les Vikings se sont installés, il y a plus de 1000 ans. Cela fait donc du BI un chien primitif, c’est-à-dire que c’est une race très ancienne qui a peu été sélectionnée par l’humain, et qui présente des instincts naturels forts.

Cependant, les conditions particulières de vie en Islande, et en vase clos sur l’île, ont façonné le BI d’une façon bien spécifique, ce qui le distingue des autres races apparentées, tant d’un point de vue physique que comportemental.

Les épidémies, les périodes de famine et les catastrophes naturelles y ont rendu la vie très dure, ce qui a donné des chiens résistants et endurants. Les individus qui ont survécu ont produit une descendance rustique, peu sujette aux maladies, courageuse, disposant d’une grande confiance en elle-même et agissant avec détermination. Le poil du BI est adapté au climat islandais : double, épais pour l’isoler du froid et résistant aux intempéries.

L'Islande est un grand pays rural et peu peuplé, quasiment dépourvu de faune sauvage à chasser. Il n'y avait donc pas ou peu besoin d'un chien de garde féroce et agressif, ou d’un auxiliaire de chasse, les humains se sont alors concentrés sur d'autres capacités concernant leurs chiens :

- la garde des troupeaux au pâturage, tel une « barrière vivante », guidant les troupeaux et les empêchant de s’égarer ;

- la protection des agneaux nouveau-nés contre les oiseaux de proie, d'où la capacité caractéristique à observer et à aboyer sur tout ce qui vient du ciel pour le repousser ;

- la conduite des troupeaux, de son initiative ou sur commande, en rassemblant le bétail lorsque c’est nécessaire, en partant chercher les bêtes égarées et en les ramenant au troupeau, ou en fermant la marche à l’arrière du troupeau lors des déplacements. Il utilise beaucoup l'aboiement pour déplacer les bêtes. Avec les connaissances actuelles, on pense que le BI est probablement le premier chien de conduite de troupeau à avoir existé, il serait à l’origine des autres races bergères sélectionnées ensuite au Royaume Uni de façon plus pointue pour cette utilité ;

- la garde du territoire qu’il considère comme espace de vie de sa famille, en sonnant l'alarme lors de l’arrivée d’un inconnu, par l’aboiement. Le BI alerte mais sans agressivité. Il fait également office de clôture vivante, repoussant toutes les bêtes qui ne font pas partie du groupe famille et s’approchent de trop près. Le BI cherche à repousser mais ne prédate pas.

Pour toutes ces raisons, le BI est un chien naturellement vif et attentif à son environnement, alerte et toujours prêt à réagir, facilement aboyeur.

Il est également adapté, dans sa façon de travailler, au terrain et aux méthodes d'élevage. L’Islande est un pays de relief, de vastes plaines et de montagnes escarpées. Ainsi, le BI travaille essentiellement grâce à son flair, car il ne peut pas toujours avoir un visuel sur les troupeaux dont il a la charge ou sur les intrus. Cela explique certainement aussi sa petite taille, plus commode lorsqu’on travaille dans les pentes. Les terrains accidentés ont enfin renforcé son agilité, et il s’est doté de double ergots solides sur lesquels prendre appui. Le BI est reconnu pour son intelligence et sa capacité à travailler de manière autonome. Il réfléchit, n’agit jamais pour rien. Cela lui confère un tempérament affirmé, c’est un chien qui a de la personnalité.


Enfin, les longs hivers islandais ont permis à ce chien de vivre au plus proche de ses maîtres, au sein du foyer, auprès de tous. Il aime ainsi être au cœur de la vie familiale et recherche constamment l’attention et l’affection de ses proches. Il est de nature doux et amical avec les humains et sans agressivité envers les autres animaux. Toujours de bonne humeur, il se montre ouvert et accueillant, même envers les étrangers. Ce besoin de contact et de proximité fait de lui un compagnon fidèle, qui aime participer à toutes les activités quotidiennes de sa famille. Il détient un “will to please” plus ou moins important selon l’individu et son degré d’indépendance. La race est joyeuse, amicale, curieuse, joueuse. Ils sont foncièrement gentils.

En définitive, son statut de seul chien de l’île en a fait un chien très polyvalent, capable de résoudre de nombreuses tâches différentes. Il apprécie autant les aventures en extérieur que les moments de détente sur le canapé ou au pied de ses propriétaires. Il excelle dans beaucoup de disciplines puisqu’il a beaucoup d’enthousiasme à l’idée de pratiquer des activités avec ses humains.

Le nombre de BI a beaucoup varié au fil du temps, tantôt explosant avec 2 à 5 chiens dans chaque ferme, jusqu’à frôler l’extinction au début du 20ème siècle, suite à des épidémies, des régulations de population volontaires de la part des islandais, et des importations d’autres races bergères.

C’est un étranger, Mark Watson, qui a alors décelé tout le potentiel de cette race et a cherché à le préserver et le valoriser. Il a visité l’Islande à de nombreuses reprises entre 1930 et 1970. Dans les années 50, il a collecté certains des meilleurs spécimens pour les emmener à l’étranger et les élever en Californie. Certains islandais ont en parallèle, et en partie en collaboration avec Watson, commencé à élever une petite poignée de chiens soigneusement sélectionnés.

Le club canin islandais a été fondé en 1969, avec pour objectif principal de surveiller la race. Le chien a alors été considéré comme faisant partie du patrimoine culturel islandais.

On note tout particulièrement la contribution de Sigríður Pétursdóttir à la préservation de la race, une éleveuse islandaise, qui a décidé d'approfondir le standard en 1987. Le BI a été élevé pendant des siècles pour ses capacités plutôt que pour sa beauté, on observait en Islande une grande disparité morphologique parmi les individus.

Des efforts sont actuellement déployés pour encourager un élevage respectueux et pour rechercher de nouveaux reproducteurs dans des endroits reculés, afin de continuer d’enrichir le panel génétique au sein de la race. Avec environ 5000 individus enregistrés dans le monde (principalement en Scandinavie et en Europe du Nord), le berger islandais reste une race peu représentée, mais il n’est plus au bord de l’extinction.